[Coaching] La patience : une arme d’expatriation massive

Après 12 ans d’expatriation, voici mon constat : l’expatriation met à dure épreuve une qualité remarquable, dont je suis lamentablement dépourvue : la patience.

Fait accablant : grâce à la technologie et à Internet, nous nous sommes habitués à avoir tout TOUT DE SUITE (moi la première). Or la patience ne s’achète pas, ne peut pas être téléchargée, et ne se trouve pas non plus sur Google ni sur Facebook,… à mon grand regret !

NB : Et encore, je suis de la génération des X… Chers Y qui êtes nés avec un ordinateur greffé, je compatis sincèrement. 😉

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Je veux… mon verre !

Avec le recul, aurais-je osé franchir le pas et quitter ma patrie, si j’avais eu conscience de la dose de patience que toute expatriation impose ? Pas sûr… En fait, si, je sais (et je le confesse) : je serais restée chez moi .

Alors si tu t’apprêtes à partir vivre à l’étranger, mon devoir est de te prévenir : l’expatriation est un véritable parcours du combattant et la patience s’avère nécessaire et conseillée à chaque étape. En voici 5 exemples :

1-Avant le grand départ

L’expatriation, ça se prépare. Qui dit préparation dit remplir des formulaires d’immigration, demander des papiers administratifs à son pays d’origine (diplômes, extrait de casier judiciaire, relevés de notes, …), remplir des tonnes de paperasse, renvoyer des papiers manquants, faire des heures de queue dans des administrations et bien sûr, ma PHOBIE : attendre, attendre, attendre…

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Qu’est-ce que vous attendez ?

NB : J’en profite pour décerner à l’unanimité avec moi-même une palme à… tadam… roulement de tambour : l’administration française ! Attente interminable, procédures, bonheur intense pouvant se lire sur chacun des visages de ses employés : rien ne manque…

Ah non, j’oubliais, y a pire : quand tu as ENFIN envoyé ton dossier complet d’immigration et que tu reçois un courrier un mois plus tard pour te dire qu’il manque un papier : tu sais, celui pour lequel il t’a justement fallu des semaines et des litres de sueur à obtenir, et dont tu as oublié de faire la photocopie. ARGHHHHH

Dans ce genre de situation, il est toujours bon d’avoir un punching ball à la maison !

2- Le réseau social

Vivre à l’étranger implique de quitter sa famille et ses proches et de découvrir avec stupeur ce que cela fait de devenir totalement inconnu du jour au lendemain (dans son nouveau pays, sa nouvelle ville, son nouveau voisinage) ET de ne reconnaître personne.

Fraîchement débarqué, prépare-toi à te retrousser les manches car tout est à refaire : te faire des amis (faut pas mettre les charrues avant les boeufs, ma ptit’ dame !) copains (oh là, pas si vite) connaissances.

Plus le temps passe, plus le besoin de parler à quelqu’un se fait sentir, ainsi que celui d’être reconnu par quelqu’un : le voisin, le commerçant, le compatriote que tu as repéré dans un café. Tu te fous moques de qui ce sera,  tu n’as jamais été aussi peu difficile : tu veux juste discuter plus d’1 minute avec un humain !!!

La première fois que tu échangeras plus d’une phrase avec quelqu’un, tu seras trop content, même si c’est le mec du centre d’emploi ! Et la fois où une personne te reconnaîtra dans la rue, alors là tu JUBILERAS (même si c’est encore le mec du centre d’emploi) !!! De mon côté, cette première fois ressemblait un peu à ça :

Vie d'un expatrié au Canada

Bref, il faudra t’armer de patience (de persévérance et de séduction aussi) pour parvenir à tisser un réseau autour de toi et remplir ton carnet d’adresses avec des noms et des téléphones du coin.

Je me souviens encore de la joie intense que j’ai éprouvée lorsque j’ai reçu mon premier appel « local » : miracle, quelqu’un s’intéresse à MOI et veut ME parler !!!

3- Le travail

Trouver du travail demande beaucoup de patience : adapter son CV à la couleur locale, dénicher les sites d’emploi, envoyer des candidatures et attendre des réponses ou des convocations.

Une fois l’emploi en poche, il faudra t’armer encore de patience : si des questions t’assaillent, des remarques sur l’organisation te brûlent les lèvres, et des envies d’intervenir en réunion te démangent, STOOOOP, retiens-toi !!!

L'Espagne n'est pas faite pour tout le monde.

Moi j’ai pas pu (par manque de maturité, par mauvaise habitude, par mes racines profondément françaises et donc contestataires et râleuses, et… par impatience bien sûr). Sans l’indulgence de mes patrons, j’en aurais payé les conséquences : la porte de sortie, c’est par là, Madame. (Je l’ai vue de près, et honnêtement j’avais PAS DU TOUT envie de revoir le mec du centre d’emploi. 😉 Ingrate, moi ?!? ).

Bref, avant d’entreprendre toute action, un conseil :  contente-toi d’observer et de comprendre la culture d’entreprise, de sonder tes collègues, de t’adapter : ta patience sera récompensée.

Le punching ball n’étant pas disponible au travail, j’ai personnellement opté pour le yoga intensif et pour des massages réguliers…

4- La vie d’expatriéS

S’expatrier en couple ou en famille s’avère plus facile que tout seul, surtout pour se soutenir mutuellement dans les moments de blues ou les baisses de moral.

En revanche, apprendre à vivre à l’étranger à plusieurs, c’est beaucoup moins facile. Déjà que s’adapter quand on part seul demande beaucoup d’efforts, alors à 2, 3, 4 ou 5 (et dans ce dernier cas, je dis chapeau bas ! ) :  imagine un peu.

Les parents pourvus de cette noble aptitude qu’est la patience partiront avec une belle longueur d’avance sur les parents qui (comme moi) pensent que suite à une expatriation les enfants vont s’adapter illico presto, sans problème, et même avec le sourire.

ON m’avait toujours dit que les enfants sont des éponges (côté langues) et qu’ils s’adaptaient à tout. Mais ON avait oublié de me dire que cette adaptation ne serait pas instantanée.  ON m’aurait menti ? (Bon, pour sa défense, le ON ne savait peut-être pas que la patience n’était pas mon fort. 😉 )

Expat' - S'expatrier en famille
Il vaut mieux que je n’aie jamais d’enfants, j’ai zéro patience.

Avec le recul (et SURTOUT après avoir difficilement surmonté 3 mois de crise d’enfants qui ne veulent pas aller à l’école parce qu’ils n’arrivent pas à communiquer avec les maîtresse et le reste de la classe), il semble évident que les enfants subissent un véritable déracinement, la plupart du temps imposé par les parents.

Sans conteste la patience et le soutien des parents sont essentiels pour accompagner leurs enfants durant cette période d’adaptation et les aider à s’accoutumer à leur nouvelle vie. Sans quoi cette nouvelle vie peut devenir un enfer pour chacun des membres de la famille (dans la série « J’ai testé pour vous », je voudrais la mère…).

Cela est également valable si tu t’expatries avec ton conjoint et si l’un s’adapte plus vite que l’autre pour diverses raisons :  le caractère (sociable vs timide), l’âge, la volonté, les intérêts, la motivation et le but de chacun.

Celui qui trouvera un travail et se fera rapidement des contacts devra faire preuve de patience et encourager l’autre dans sa recherche d’emploi et durant ses baisses de moral. Et inversement, celui pour qui l’adaptation nécessite plus de temps devra garder espoir et faire preuve de patience.

Expat' - À chacun son rythme
À chacun son rythme…

J’ai connu ces 2 genres d’expatriation : en couple (timide, je profitais de l’ultra-sociabilité de mon conjoint pour m’immiscer dans une conversation sans faire d’effort d' »entrée en matière ») et en famille (maman de 2 enfants de 2 et 4 ans).

Dans le premier cas je me suis bizarrement mise au jogging, et dans le second cas j’ai passé plusieurs heures sur Internet à lire des conseils pour les parents expatriés et à me remettre en question. 😉

5- Les coutumes locales

Quels que soient le pays et l’hémisphère d’adoption, l’adaptation demande une bonne dose de patience que ce soit pour les démarches administratives, le travail, les courses ou la vie en société. Fait capital : la notion du temps n’est plus la même.

Dans les pays nordiques (où tout est généralement carré, organisé, efficace), tu devras apprendre, surtout si tu es Français, à attendre ton tour, faire la queue sans essayer de « gruger », être à l’heure, ne pas klaxonner si la voiture de devant ne démarre pas dans les  10 secondes, etc : bref à te montrer patient et respectueux envers ton prochain.

Expatriation - Apprendre à faire la queue

Dans un pays du sud, c’est encore pire l’inverse : tu vas t’arracher les cheveux devoir apprendre à attendre 2 heures un client avec qui tu avais rendez-vous, te faire klaxonner si tu ne démarres pas dans les 5 secondes 😉 , retourner 10 fois dans une administration pour savoir ce qu’il en est vraiment de ton dossier,  accepter que quelqu’un te passe devant parce que c’est un ami du commerçant, voir ton client arriver avec un grand sourire et sans excuse, faire une croix sur ton dossier qui est définitivement perdu, attendre que le commerçant et leur ami aient terminé leur passionnante conversation pour pouvoir être servi, etc.

Expat' : Différences culturelles

Dans ce genre de situation, tu regrettes que la patience ne s’achète pas. Pour ma part, j’ai perdu beaucoup de cheveux (mais vue ma « touffe », j’ai de la marge !).

Mon conseil, si tu hésites entre le Nord et le Sud comme destination, et que tu as autant de patience que moi : commence par un pays nordique pour faire tes armes en douceur côté patience, et une fois « préparé », pars au combat et va te faire les dents dans un pays du Sud.

NB : Comment ça, les préjugés ? Ben non, désolée : j’ai testé pour vous et je confirme que ces préjugés sont des réalités.

La conclusion de tout ça ? Si (comme moi) tu es impatient, si tu as du mal à supporter les défaillances, les erreurs, les retards, si tu as tendance à t’énerver face à des difficultés, sache que l’expatriation va mettre ton peu de patience à dure épreuve.

Vie d'expat' - La notion de temps

MAIS tes efforts seront récompensés : le jeu en vaut la chandelle puisque de merveilleuses aventures t’attendent.

En partant vivre à l’étranger, tu vas soigner le mal par le mal et apprendre à lâcher prise : c’est très tendance en ce moment et c’est pas si mal finalement.

Avec un niveau de patience à peu près égal à mon sens de l’orientation (soit à 20 000 lieues sous la mer), la vie à l’étranger, c’était loin d’être gagné pour moi : un peu comme si tu mettais un hyperactif avec zéro mémoire devant un jeu d’échec. 😉

Et pourtant, j’ai réussi mon expatriation. Grand bien m’a pris de vouloir aller faire un tour ailleurs. Sans quoi je serais passée à côté d’une fabuleuse aventure… La preuve, celle-ci n’est toujours pas terminée ! 🙂

Alors, oseras-tu franchir le pas ?

PS : Si tu l’as franchi, as-tu toi aussi été confronté à ces  épreuves « psychologiques » durant ton expatriation ? Allez, raconte !

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13 Comments

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  1. Marie-Anne Comet janvier 8, 2016 — 7:22

    Excellent!! Vu ma dose (tres faible) de patience et mon besoin de chaleur, je ne suis pas encore prête pour m’expatrier!!! 😉

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  2. Ca fait plaisir à lire : enfin un article sur le sujet de vivre à l’étranger qui ne dit pas que tout est génial, que tout est facile, que tout est bien plus beau, etc, etc. Oui, vivre à l’étranger, qu’on ait de la patience ou pas, ça demande de l’adaptation, et on est rarement prévenu avant le départ que cette capacité est indispensable ! Bref, merci pour cet article !

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  3. Bravo et merci pour cet article réaliste et très plaisant à lire car parsemé de traits d’ humour. Peut-on connaître les pays du sud que vous évoquez ?

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    • C’est gentil Dominique. 🙂
      Côté Sud, j’ai personnellement testé l’Espagne, où je vis depuis 3 ans. Pays pas si loin de la France 😉 et pourtant si différent… Et quand je parle du Nord, j’ai testé le Canada durant 10 ans. 🙂 À très bientôt.

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  4. Bonjour, oui j’ai aussi vécu le côté « sublimation » de la personne qui enfin vous parle et du coup fait qu’on se sent enfin vivante et non plus transparente, le côté pas si évident pour les enfants avec l’école, d’autant lorsqu’on ne les scolarisent pas dans un lycée Français mais que oui, ça passe avec beaucoup de présence et de patience du coup, de la part des parents, euh … de la mère puisque le père travaille comme un damné …. , oui il faut apprendre à développer sa patience qd on part en expatriation 😁

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  5. Vivre en Irlande m’a appris a devenir « laid-back ». Apres tout tu ne peux rien faire quand un troupeau de moutons envahit la route et que tu ne peux passer, alors autant taper la discute avec le fermier en attendant… Mais ma patience a des limites, parce que j’ai failli faire une crise de nerfs quand j’ai du faire la queue pendant 8 heures (oui, oui) au bureau de police pour que mon mari puisse renouveler son visa (et en passant avoir un conjoint lui aussi expatrie et d’une culture differente demande encore plus de patience!!!!)

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  6. Génial! C’est vraiment ça! Il faut vraiment s’armer de patience mais partir te permets de te découvrir et de rencontrer de belles personnes aussi! 😉 C’est vraiment une belle aventure malgré les coup de blues!

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  7. L’expatriation en couple ou en famille est en effet la plus « facile » pour ce qui est de faire face à l’inconnu avec quelqu’un à ses côtés.
    Mais cela ralentira cependant l’immersion totale, et bien souvent la langue est plus difficile à acquérir car la langue parlée à la maison sera la langue maternelle de toute la famille. Parmi nos élèves en cours de langue, ce sont très souvent ceux qui sont seuls qui vont faire des progrès rapides et efficaces. Les personnes en groupe vont avoir tendance à rester focalisés sur leur langue, ou vont en tout cas prendre beaucoup plus de temps à apprendre la langue locale…encore beaucoup de patience à avoir, donc !
    Merci pour l’article et à bientôt !

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